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Didon et Enée de Henry Purcell à Velizy

metteur en scène: Denis Chabroullet

Direction musicale: Jean-Marie Puissant

Ensemble Instrumental Baroque

Clavecin Hélène Dufour

«Men must endure their going hence even as their coming hither. Ripeness is all. Come on

William Shakespeare

« Il existe un lieu que les dieux nomment Hespéride, terre antique, puissante par ses armes et la fécondité de son sol » (Virgile, Eneide)

Le calme après la tempête et avant la tempête.

Le rideau se lève. Première impression. No future! Désespoir!

Une île? Un bateau? Le rogaton d’une civilisation? La brume. L’eau recouvre toute la scène du début à la fin du spectacle. Un corps (Enée ou Anchise son père?) flotte, entouré de centaines de bougies. Les musiciens arrivent et prennent leur place en haut – hors de l’eau – en sécurité. Deux personnes arrivent en tenue élégante équipés d’écouteurs. On comprendra plus tard qu’il s’agit des délégués de l’enchanteresse, dont ils reçoivent les ordres.

Les musiciens commencent a accorder leurs instruments – d’époque -. Jean-Marie Puissant expliquera plus tard que les spectateurs doivent faire leur travail et chercher eux-même les tons – la salle est peut-être trop grande pour cet opéra mais après 10 minutes ça ne gêne plus. Le spectateur a trouvé la solution et a réussi à entrer dans la pièce. Le silence s’installe.

 

Voila Belinda qui arrive, très bien Mayuko Karasawa. Pour moi elle a les plus beaux airs de cet opéra. Jeune et débordante d’énergie et de gaité. Elle soutient et conseille Didon – fondatrice de Carthage. On se rappelle qu’après sa fuite de Tyr, entourée de Phéniciens, elle avait accosté en Afrique du Nord, à l’emplacement de Carthage. Arrivent successivement , dans un énorme remue-ménage d’eau, d’éclaboussements, le chœur, les deux nymphes qui ne quitteront plus la scène, et enfin Didon – triste, mélancolique et souffrante -(Anne Rodier, jeune, touchante et pleine de sentiments). On apprend qu’elle est troublée et attirée par Enée. (« Ah Belinda. I am pressed with torment … ») Belinda lui assure qu’Enée partage les mêmes sentiments (« Fear no danger to ensure, The Hero Loves as well as you…). Enée (bien, Thill Mantero) sort du brouillard (ou de l’eau qui a pris une teinte rouge maintenant). Suit une très jolie scène dans laquelle Belinda encourage Enée à s’approcher de Didon. Elle sautille comme une jeune fille qui attend la fête.(!Pursue thy conquest, love »…). Didon et Enee se manifestent mutuellement leur amour. Joie!

Avec l’arrivée de l’enchanteresse qui descend en ascenseur dans une nuée d’étincelles, tout le monde se retrouve sur scène et l’ambiance commence à se dégrader. Chantée et jouée par Antonia Bosco, qui – à part sa belle voix de mezzo est une acrobate – Bravo! La sorcière dévoile une stratégie pour détruire le bonheur de Didon (« Wayward sisters ….. « ). Mercure, sous l’apparence des sous-sorcières, lui ordonne de quitter Carthage, et lui rappelle son destin qui est de fonder une nouvelle ville – Rome-. J’ai beaucoup aimé l’entrée des deux sous-sorcières/esprit dans leur robe/peau écarlate à deux têtes qui évoquait la fourche du Diable.

La tempête, commandée par les deux sorcières se déclenche alors que Didon et Enée avec tout le cortège, dans les champs, font la fête dans de joyeux éclaboussements (« So fair the game….. ). Enée comprend qu’il doit obéir aux ordres des dieux et partir. Désespéré, malheureux, il part à la conquête de son destin. Didon, inconsolable, décide de mettre fin à ses jours.

La mort de Didon est véritablement touchante. Anne Rodier chante couchée dans l’eau, presque sous l’eau. Belinda, au sec sur les marches de l’échelle, se penche pour lui donner la main pendant qu’elle chante « thy hand, Belinda, .. ».

Le lamento de Didon est sûrement l’un des plus célèbres chants de deuil du monde de l’opéra.

L’idylle avec Didon n’occupe qu’une brève étape narrée du chant IV de l’Eneide de Virgile du long périple d’Enée.

Purcell naît à Londres en 1659 dans une famille de musiciens, peu après la fin de la dictature puritaine de Cromwell. Dans un premier temps suiveur du style de l’opéra tragi-comi-lyrique de Lully, il le distance quand il compose Dido et Enee. Les airs sont innovateurs et expressifs – très loin du pathos solennel de Lully.

Quand Didon et Enée fut représenté pour la première fois en 1689 à la Chelsea Boarding School for Girls, ce ne fut pas un succès. C’est dans les année 50 que Benjamin Britten a repris cette œuvre et dirigé à Londres une représentation remarquable avec Kirsten Flagstad et Elisabeth Schwarzkopf.

Au 17 siècle l’opéra était la musique populaire. A l’époque la forme était aussi importante que le contenu. Le baroque s’est émancipé de la stricte loi chant-instrument. M. Chabroullet a développé une mise en scène très originale, pleine de mouvements, de fraicheur et d’idées en utilisant des moyens conformes à la technique qui était disponible à l’époque baroque. C’est sûrement la plus singulière mise en scène qui m’a été donné de voir.  (Sasha Waltz a mis en scène en 2005 un Didon et Enée dans un aquarium. Ce n’est pas étonnant que les réalisateurs soit inspirés par l’eau étant donnée l’importance de l’eau dans la poèsie épique! – Merci Thomas!!!). Dans un décor pas du tout baroque, c’était très baroque. Une liberté de création manifeste, à l’image de ce qu’on peut très bien imaginer au XVIIème siècle. En outre, les musiciens ont bien profité de la pratique d’improvisation qui avait cours à cette époque.

La qualité de la mise en scène a compensé les voix parfois un peu faibles mais en tout cas très correctes. Les chanteurs étaient tous aussi des danseurs et des acrobates émérites.

Nous avons été enchantés, et gratifiés d’une nouvelle perception de l’oeuvre. Merci.

l

 

 

Christa Blenk, assistée par JN Pettit

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