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Portrait d’une génération – concert-happening à la Villa Médicis

Le 3 mai 2013 fut donné à la Villa Médicis – dans le Grand Salon donnant sur la magnifique terrasse surplombant le jardin – le concert final des pensionnaires de la Villa Médicis à Rome et de la Casa Velazquez à Madrid.

Les cinq jeunes compositeurs venus du Japon, de la Chine, d’Italie, de la Colombie et du Canada étaient tous présents. Le programme incluait des travaux d’Anton Webern, Olivier Messiaen et Manuel de Falla. La salle était comble et quelques retardataires ont même dû rester debout.

Juan Pablo Carreño ouvrit avec « Mi fe naufraga » (ma foi fait naufrage) – Une création, composée en 2013. Cela commence par un bruit fort, de plus en plus insistant, de haut-parleur mal branché ou de machine à coudre mal huilée. Nous étions confrontés à la question de savoir si c’était une panne technique ou une intention: c’était intentionnel! Quoi qu’il en soit, la saxophoniste (Carmen Dominguez) attendit, instrument en main, pendant trois bonnes minutes, sans prendre le moindre visage catastrophé. Elle joua, accompagnée d’une flûte (José Sotorres) et d’un hautbois (Juan Manuel Garcia Cano). Les trois instruments se battaient courageusement à travers le tintamarre , qui se transforma successivement en raffut de volière (hommage à Messiaen?), en bourdonnement d’abeilles, et pour finir en vrombissement de turbine. Cela faisait presque mal, mais nous étions tous sous le charme, en espérant que le train – avant qu’il ne déraille – finirait par s’arrêter.

Tout à coup, tout s’est calmé. Carreño a dit lui-même qu’il était à la recherche d’une nouvelle forme fonctionnelle pour la musique. Je pense qu’il l’a trouvée.

Juste après nous fûmes autorisés à récupérer un peu avec «quatre pièces pour violon et piano opus 7 » composé en 1910 par Anton Webern (1883-1945), et interprété très contemporainement par Ema Alexeeva et Alberto Rosado. En 1908/1909 Webern avait commencé une longue phase atonale. Il est considéré comme le fondateur de l’expressionnisme musical. Ces petits morceaux sont extrêmement courts, et se terminent trop vite avant qu’on ait pu les pénétrer et les écouter véritablement.

Leilei Tian (1971) suivit avec « The Hymn of the Pearl » (2011), mettant en œuvre violon, violoncelle, hautbois et saxophone. Nous eûmes droit à deux débuts parce que, après environ une minute l’excellent flûtiste comprit qu’il avait mélangé les pages de sa partition et fut obligé de recommencer depuis le début. A notre grande joie, parce que ce premier mouvement, en flûte soufflée plutôt que jouée, est d’une grande beauté. Le début d’un long voyage. Le fils du Roi des Rois est envoyé en Égypte pour récupérer une perle, qui est gardée par un terrible serpent. Au cours de son long voyage, il est séduit par les Égyptiens et en oublie momentanément son but, mais revient sur le droit chemin et rentre en héros dans son pays natal (l’histoire des Actes de Thomas). Peut-être Leilei Tian a-t-elle été un peu influencée par Wagner, je le pense, mais la philosophie bouddhiste a aussi joué un rôle. Un va-et-vient entre patience et tempérament, repos et stress, force et douceur.

Le dernier morceau avant la pause était à nouveau une création: « A propos du concert de la semaine dernière » (2013) de Samuel Andreyev né en 1981 au Canada. L’ excellent Plural Ensemble est au complet. Il s’agit une fois encore d’un récit. Le piano commence la discussion, de temps en temps les autres ont droit à la parole, il y a un peu de controverse, mais tout a bonne fin. Le piano a défendu son point de vue jusqu’à la mise au point finale. Un travail fabuleusement drôle et passionnant. Son inspiration pour cette composition lui était venue à la lecture de « dessaisissement A » de Bruce Andrews . Cela l’avait mené à une phrase de Suzie Gablik: «le modernisme a échoué ». Quoi que cela puisse signifier!

Compositeurs du XXIe siècle : portrait d'une génération photo-150x150 photo: © JNP

Après la pause le Grand Salon était un peu moins plein, c’est-à-dire que chacun pouvait s’asseoir. En attendant, on ne pouvait plus voir depuis la terrasse, que l’ombre des « Pini Romani » sur le jardin – un peu effrayant et poétique.

Nous poursuivons avec une création mondiale de Kenji Sakai « La naranja atraviesa la noche » (ce qui signifie: l’orange traverse la nuit) également de 2013. L’orange comme une métaphore pour le soleil couchant. Il a écrit la pièce lors de son séjour d’étude à Madrid. C’est comme un guide de voyage en Andalousie. Accents de flamenco, références à la « Rhapsodie espagnole » de Ravel et à la « Soirée dans Grenade» de Debussy. Tous les instruments parlaient en même temps, à l’espagnole, la violoniste frappait parfois du pied comme si elle voulait danser le flamenco tout en jouant de son instrument, des tubes en caoutchouc tournoyaient dans les airs faisant des sons de bouteille vide soufflée. Délicieux et drôle.

Ensuite nous avons droit à une courte (une fois n’est pas coutume) pièce d’Olivier Messiaen (1908-1992). 14 minutes de ses «Petites Esquisses d’oiseaux » composées à partir de 1985. Alberto Rosado joua les n ° 3 et 4 « Le rouge gorge » et « La grive musicienne ». Messiaen l’avait dédié à son épouse, la pianiste Yvonne Loriod. Dans cet «adieu», il met une fois de plus les oiseaux à contribution. Ornithologue, il avait déjà, dans les années précédentes, composé de grandes œuvres en l’honneur des oiseaux.

soulages-011-150x150 photo: © JNP

La pièce suivante est l’œuvre de l’Italien Francesco Filidei. « Finito ogni gesto» (tout geste achevé) écrite en 2010. Tous les instruments ont à nouveau été utilisés, ainsi que divers non-instruments tels que le fer ondulé, la bouilloire cocotte minute, le sifflet soufflé, les pages de partition tournées bruyamment et des tubes en caoutchouc tournoyants. Le morceau débute tranquillement, gagne progressivement en intensité pour – arrivé au sommet- diminuer lentement jusqu’à son achèvement. L’amour et la mort (inspiré par Eduardo Sanguineti « Novissimum Testamentum », mort subitement peu après la création en 2010). Une pièce délicate et poétique, en dépit de la tôle ondulée et du sifflet.

La dernière œuvre du concert est un classique. Manuel de Falla (1876-1946) a vécu et travaillé à Madrid et à Paris. Né à Cadix, il partit en fin du 19e Siècle pour Madrid, puis en 1907 pour Paris. Il mourut en Argentine. Son œuvre néo-classique de commande « Concerto pour piano et cinq instruments» qu’il composa entre deux guerres, fut créée à Barcelone en 1926. Ici, nous avons écouté successivement des fragments de « La vida breve » et « El amor brujo » – une quintessence transcendante de son travail et un charmant adieu du concert.

Le PuralEnsemble était dirigé par Fabián Panisello, le percussionniste multitâche était César Peris. Michal Dmochowski était au violoncelle et Florent Derex gérait l’électronique. Le Plural Ensemble s’est spécialisé dans la musique du XXème et XXIème siècle – à un niveau élevé. Il travaille, entre autres, avec Peter Eötvös, Cristóbal Halffer, Jörg Widmann, Salome Kammer, Luis de Pablo, Matthias Pintscher et beaucoup d’autres jeunes et vieilles étoiles de la nouvelle musique.

Il y a eu beaucoup d’applaudissements et de félicitations aux jeunes compositeurs, dont nous sommes sûrs que nous les reverrons.

Christa Blenk pour KULTURA-EXTRA / traduit par Jean-Noël Pettit

 

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