3 juin 2026 0 Commentaire

De l’impossibilité de trouver la Graal – Tome 2 – recueil de nouvelles

Cesar Borja - Virtual Gallery - N°4

Cesar Borja – Virtual Gallery – N°4

Les histoires dans ce volume explorent le thème de la recherche de quelque chose : le printemps, la paix, le pouvoir, le pardon, le bon chemin, un prince, un plagiaire, la vengeance, l’arme du crime, l’air à respirer, la chute d’une blague, une liste, une place dans un train ou la vérité.

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Dans ce recueil, il y a quelques histoires qui ont déjà été publiées en allemand, soit dans différentes anthologies, soit dans l’un de mes trois volumes de nouvelles. Cette fois-ci, les histoires drôles et de fantaisie prédominent. Il y a aussi quelques courtes nouvelles policières. Dans Trop de cellules grises gâtent la sauce, des détectives privés les plus célèbres de la littérature s’unissent pour résoudre une affaire extraordinaire. La mythologie y joue également un rôle important, qu’il s’agisse du monde des monstres ou de celui des dieux de l’Olympe qui se perdent sur terre (précisément en Vendée) parce qu’ils veulent avoir à nouveau quelque chose de bon à grignoter. La photo de la Venus du Marais (ronde printanière) m’a inspiré de faire parler les personnages d’un tableau très connu de Sandro Botticilli en attendant le printemps.  Dans Neige noire le protagoniste se retrouve dans la peinture flamande du 15ème siècle. Le temps ne guérit pas les blessures est une histoire sur le pouvoir de la propagande. Après cent mètres commence la forêt est aussi le titre d’une composition, une cantate anti-guerre, qui a été représentée à Rome en 2015 et qui m’avait beaucoup impressionnée à l’époque. Illusion, Ambition, Pouvoir est une pièce de théâtre sur une ménagerie animale symbolique et allégorique, inspirée par la saisissante œuvre musicale-sacrée « Unicornis capitvatur » du compositeur norvégien Ola Gjeilo (*1978). Par ailleurs, un cygne, un cheval, une grenouille, un éléphant, une fourmi et une araignée jouent des rôles décisifs dans des histoires différentes.

Eisschmelze

Mon titre de travail était Cinq Saisons. Une référence non seulement aux cinq saisons (y compris le carnaval) mais aussi à différents genres : comédie, drame, fantaisie, mythologie, philosophie. Il y a cinq nouvelles dans chaque catégorie. Parfois, les thèmes se mélangent, fusionnent et la comédie devient fantastique, le drame drôle ou le thriller philosophique.

Les nouvelles ont toutes été écrites entre 2023 et 2025 au bord de l’Atlantique, en Vendée. Dans certaines, la mer et les marées jouent un rôle, dans d’autres, c’est le temps et la coïncidence qui décide, agit, transforme.

Les histoires sont inventées et toute ressemblance avec des événements ou des personnes est fortuite. Certains récits sont basés sur des expériences personnelles.

Niemeyer Holstein

 

Extrait:

Un baiser, mon prince ?

Juste au début du printemps, tu embrasseras le prince charmant de tes rêves.

C’est ce que m’avait prédit la cartomancienne. Une grenouille, un baiser, un prince. Elle donnait l’impression que c’était si simple. Mais j’ai dû faire quelque chose de travers. En tout cas, jusqu’à présent, tout a mal tourné.

Pourtant, j’ai spécialement loué un château, un petit château, remarquez, avec des douves, afin de pouvoir accueillir et héberger mon futur prince comme il se doit. Tout cela me coûte une fortune et que s’est-il passé ? Absolument rien !

Entre-temps, j’ai déjà échoué trois fois dans mes tentatives gluantes.

La voyante a oublié de mentionner à quel point il est dégoûtant et compliqué d’embrasser une grenouille. À condition d’attraper cet animal glissant, car une grenouille peut sauter rapidement et de manière désordonnée dans toutes les directions, il ne faut pas la tenir trop fermement pour ne pas étrangler le futur prince consort. Une fois que l’on en est arrivé là, il est recommandé de fermer les yeux et de s’approcher prudemment de la bouche de la grenouille.

Jusque-là, tout s’était bien passé, mais la chance m’a alors abandonnée à chaque fois : trois baisers et aucun prince en vue, pas même un prince laid ou pauvre. Pourtant, après ma visite chez la voyante, je suis rentrée chez moi avec un très bon pressentiment.

Le chasseur est arrivé en premier. Une tentative de baiser clairement ratée. Je suis pacifiste, je n’aime pas les chasseurs, je suis allergique aux armes à feu et extrêmement sensible au bruit. De plus, mon conquérant embrassé est très myope et, malgré des exercices de tir permanents, il ne touche toujours que ce qu’il ne doit pas toucher. Même avec beaucoup de tolérance et d’imagination, on ne pourrait pas le confondre avec un prince.

Après le disciple de Saint-Hubert, fanatique des armes à feu, j’ai donné une deuxième chance à mon bonheur et j’ai essuyé un nouvel échec. Le nain de jardin a fait son apparition. Il est paisible et mignon, mais il a autant en commun avec un prince qu’un avion à réaction avec un canard de basse-cour. Il est également travailleur : dès le premier jour, il a commencé à creuser les douves de mon château. Elles mesurent maintenant plus de trois mètres de profondeur et j’ai dû faire construire un pont-levis, ce qui a encore réduit mon budget déjà restreint. Avant, je passais toujours par-dessus le fossé, mais ce n’est plus possible maintenant.

Ma frustration grandissait, le fossé s’approfondissait, l’espoir diminuait.

C’est ainsi que s’est écoulée la première année.

Avec la floraison des amandiers, le printemps suivant est arrivé et j’ai osé, avec une détermination farouche, un troisième baiser qui a directement propulsé l’infirmière lesbienne de la Croix-Rouge dans mon château et dans ma vie. Elle est immédiatement tombée amoureuse de moi. Avec ses ongles des pieds et des mains vernis en rouge, son stéthoscope dansant sur son bustier noir, ses menottes autour du cou, sa jupe en cuir rouge moulante, ses bas jaune vif et ses talons hauts, elle ressemble à première vue à une dominatrice aux élections fédérales. Elle a d’abord pris mon pouls et m’a immédiatement prescrit un bêtabloquant. Pas étonnant que ma tension soit si élevée, vu l’excitation à laquelle je suis constamment soumise. Sans me demander mon avis, elle m’a administré une injection de vitamine B et m’a forcée à avaler une grande quantité de gouttes calmantes, diluées dans du sucre. Pourtant, je fais très attention à ma ligne. On ne sait jamais, peut-être que ça marchera avec mon prince et que je ne rentrerai pas dans ma robe de mariée. Impossible à imaginer ! Il ne faut pas perdre espoir. Mais le mien s’envole de jour en jour. On attend un prince aux longues jambes, aux boucles blondes, en pantalon jaune, avec une couronne dentelée et beaucoup d’argent, et qu’obtient-on ? Un triangle de crapauds déguisés et parlants……..

cmb

 

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